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Depuis quelques années, des villes nourricières émergent un peu partout au Québec. L’équipe de Quatre-Temps vous emmène du côté de Laval découvrir un îlot végétal en mer urbaine et vous décortique le gros mot «endémique»!

Août 2020

L'image

La reine des tourbières


La tourbière, ce milieu humide et acide, est a priori peu propice à la biodiversité. Pourtant, certaines espèces se plaisent à y élire domicile, comme la plante insectivore Drosera enrobée de rosée mortelle. Les sphaignes (en arrière-plan) recouvrent d’un tapis rouge les terres humides. Une fois mortes, les sphaignes deviennent ce que l’on appelle communément la «tourbe». C’est parce qu’elle met des centaines d’années à se former qu’il est nécessaire de la protéger davantage.

Photo – Alexis Carteron, doctorant à l’Institut de recherche en biologie végétale

L'édito 

Villes nourricières

Le contexte de la pandémie est devenu un terreau fertile pour l’agriculture urbaine: il nous a fait prendre conscience de l’importance d’un approvisionnement de proximité. En mettant en place une agriculture locale et des chaînes d’approvisionnement plus courtes et plus résilientes, les villes souhaitent acquérir une autonomie alimentaire durable. En plus de fournir des aliments sains à leur population, ces futures villes nourricières luttent du même coup contre les déserts alimentaires, ces secteurs ayant un faible accès aux commerces de distribution.
 
Saint-Bruno-de-Montarville n’a pas attendu qu’apparaisse une pandémie pour se lancer. Engagée dans cette voie depuis 2017, cette ville montérégienne a été la première au Québec à revendiquer le statut de «ville nourricière». Potagers en façade et sur les toits plats, élevage d’abeilles et de poules pondeuses, plantes comestibles et arbres fruitiers en plein centre-ville... En intégrant l’agriculture urbaine dans sa planification de l’aménagement du territoire, Saint-Bruno-de-Montarville se targue de vouloir – et de pouvoir! – développer un système alimentaire local et durable. Quatre ans plus tard, bien qu’elle soit encore la seule au Québec à acquérir le titre de «ville nourricière», d’autres municipalités s’en inspirent pour marcher dans ses pas.
 
Depuis, la Ville de Gatineau a mis en place un programme d’agriculture urbaine. Les jardins communautaires et collectifs comme les aménagements comestibles ainsi que l’élevage de poules pondeuses et d’abeilles connaissent un franc succès.
 
Plus récemment, Laval s’est aussi dotée d’une politique alimentaire encourageant la production locale. Les habitants de Sutton en réclament une, tout comme ceux de Mont-Saint-Hilaire. Tout est sur papier, «y’a plus qu’à!»...
 
Le système alimentaire durable a le vent dans les voiles. Mais de là à parler d’autosuffisance, le fossé est énorme. De nombreuses initiatives communautaires survivent seulement grâce à de petits organismes. Un tel système a besoin de plus: plus de mobilisation et plus d’acteurs à tous les niveaux, depuis la production jusqu’à la distribution. Les entreprises agroalimentaires doivent aussi se mettre au pas. Car pour transformer localement, il faut d’abord produire suffisamment.
 
L’éducation a aussi un rôle à jouer pour changer les habitudes de la population. En apprenant d’abord à tous à jardiner, à cuisiner et à mieux manger, la route vers la résilience alimentaire est assurément pavée!

Par Fanny Rohrbacher, rédactrice en chef 

Photo – Santropol Roulant (Julie Faure)

Le gros mot

Endémique

Une espèce végétale ou animale est dite «endémique» si on ne la trouve que dans un lieu précis. Par exemple, l’eucalyptus radié (Eucalyptus radiata) est un arbre endémique d’Australie. Plus une région est isolée géographiquement (une île, le sommet d’une montagne, etc.), plus elle a de chances d’abriter des espèces endémiques. Au Québec, c’est dans les monts Chic-Chocs, en Gaspésie, qu’il y en a le plus, notamment la verge d’or à bractées vertes (Solidago chlorolepis) et le saule à bractées vertes (Salix chlorolepis), une espèce menacée. L’endémisme est-il, dans ce cas, synonyme de rareté? Il est vrai que les espèces rares sont souvent – mais pas toujours – endémiques. En revanche, les espèces endémiques peuvent être très abondantes dans leur milieu, mais leur statut peut devenir précaire dès lors que ce milieu disparaît ou qu’il est lui-même menacé. On ne confondra pas l’endémisme avec l’endémie et la pandémie, deux termes associés au domaine médical.

Anne Fleischman, rédactrice en chef de Quatre-Temps  

Sur le terrain

Le bois Papineau, un îlot végétal en mer urbaine

Au cœur de Laval se trouve une des deux plus vieilles forêts urbaines du Québec désignées exceptionnelles: le bois Papineau. La conservation de cette relique naturelle est fondamentale.

Une réserve naturelle urbaine

Le retrait de la mer de Champlain, il y a 8 000 ans, a façonné le paysage particulier de ce secteur. Sa plage ancienne et ses deux crêtes littorales en font un terrain propice au développement d’une hêtraie. Par ailleurs, le bois Papineau, reconnu partiellement comme réserve naturelle en 2004, se trouve dans une des portions les plus urbaines de Laval. Cette pression humaine constante soulève un enjeu de taille pour sa conservation.

Un refuge floristique et faunistique

Au cours de sa balade, le promeneur déambule au cœur d’une forêt de hêtres bicentenaire et peut observer 227 espèces de plantes herbacées et 87 espèces d’arbres et d’arbustes. Harfang des neiges, renard roux, couleuvre rayée… Le bois héberge une pléthore d’animaux, dont 20 espèces de mammifères et 155 espèces d’oiseaux.

Aider la nature à reprendre ses droits

Dès 1989, l’Association pour la conservation du Bois Papineau (ACBP) aménage et renaturalise les secteurs affectés du boisé municipal. En 2017, un groupe de citoyens fonde l’organisme CANOPÉE – Le réseau des bois de Laval qui veille désormais à l’aménagement des sentiers et des aires d’observation ainsi qu’à la réhabilitation des ruisseaux. Le bois Papineau est aussi engagé dans la protection de 16 espèces à statut précaire, comme la couleuvre brune et la chauve-souris argentée, en leur offrant un milieu approprié. La mise en place d’exclos* ainsi que la restriction des promeneurs aux sentiers permettent d’éviter le piétinement des végétaux.

Une conservation citoyenne

Face aux nombreuses perturbations urbaines (chiens sans laisse, ronds de feu, déchets, BMX hors sentiers, etc.), la conservation du bois Papineau repose aussi sur la volonté des Lavallois. C’est pourquoi CANOPÉE travaille à la sensibilisation et à l’éducation du public par la diffusion des connaissances écologiques et environnementales sur ce milieu naturel, en offrant une gamme d’activités d’animation ou de restauration: soirées d’écoute publique, identification des arbres par leur écorce, tours guidés, corvées de nettoyage et plantations.
 

* Espace entouré d’une clôture afin d’empêcher l’accès à une ou plusieurs espèces animales.
 

Qui s’y intéresse?

CANOPÉE: Le bois Papineau
Conservation de la nature Canada: Un havre de paix
Courrier Laval: Le boisé Papineau, un joyau sous haute protection

Par Julie Faure, doctorante à l’Institut de recherche en biologie végétale 
Photo – CANOPÉE

Glané sur le Web

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On a lu pour vous

Cultiver légumes et fines herbes sur son balcon, pourquoi pas? Plusieurs espèces se prêtent à la culture en pot, pour peu qu’on apprivoise quelques techniques: choisir le bon contenant, créer un terreau approprié, occuper ingénieusement l’espace vertical… Ce guide pratique du maraicher urbain propose des fiches techniques par espèce présentant les meilleures variétés, des conseils pour la mise en pot et l’entretien, ainsi que les associations fructueuses avec d’autres végétaux comestibles.
– Par Anne Fleischman, rédactrice en chef de Quatre-Temps
Bertrand Dumont (2019). Le potager en pot. Montréal: Éditions Multimondes, 271 p.
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